Dimanche, 05 Février 2012
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La coccinelle Harmonia axyridis et Coccibelle® Envoyer
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Le point sur la coccinelle Harmonia axyridis et Coccibelle® (une souche non volante de cette coccinelle commercialisée par Biotop).

Le rôle des coccinelles en tant qu'agents de lutte biologique contre les pucerons est connu de la plupart des gens et la coccinelle est l'un des rares insectes suscitant la sympathie du public, avec des appellations toujours positives : bête à bon Dieu, lady beettle, marienkäfer, scarabée pascal, ....
Malheureusement, depuis que des coccinelles ont commencé, dans certaines régions, à entrer en grand nombre dans des maisons, cette image fait l'objet d'attaques dans certaines communications, et ses promoteurs en tant qu'agent de lutte biologique sont parfois pointés du doigt. De quoi s'agit-il ? quelles explications et quelles conséquences ?

 

Rappel :

 

La lutte biologique s'est développée grâce à l'utilisation de nombreux auxiliaires (insectes et acariens utiles) pour contrôler des ravageurs de plantes, sans utiliser des insecticides chimiques.

L'efficacité des auxiliaires (résultat de leur voracité, prolificité, capacité à s'installer dans la nature, facilité d'élevage, ...) a toujours constitué un critère primordial pour les chercheurs. Les espèces locales n'étant pas toujours assez efficaces pour obtenir les résultats souhaités, de très nombreuses espèces exotiques ont été introduites tout au long du siècle dernier. Ces espèces ont été prioritairement introduite en vue de leur acclimatation dans les conditions européennes, et quand cela s'est révélé impossible, un certain nombre d'espèces ont été retenues pour des lâchers saisonniers. Actuellement, de très nombreux auxiliaires utilisés en lutte biologique en France et dans d'autres pays européens, sont d'origine exotique.

L'introduction d'Harmonia axyridis en France, en 1982 par l'INRA d'Antibes, a été réalisée dans ce contexte. Après des études en laboratoire, des lâchers expérimentaux ont commencé à partir des années 1990. Pendant plusieurs années, aucune des observations effectuées, n'a pas permis de conclure à son acclimatation. Compte tenu de résultats prometteurs d'efficacité contre les pucerons, la commercialisation de cette coccinelle a commencé à partir de 1995, pour des lâchers saisonniers, en France et dans d'autres pays européens.

 

1/ Quelle est l'origine
de la coccinelle asiatique "envahissante" ?

Harmonia axyridis, ou coccinelle multicolore, est aussi appelée coccinelle asiatique, en référence à sa présence, parmi de nombreux autres espèces de coccinelles, sur de vastes territoires en Asie (Sibérie, Chine, Japon, ...).
En Amérique du Nord, de nombreuses tentatives d'acclimatation d'Harmonia axyridis, ont eu lieu, la première en 1916. Elles sont restées sans succès, et ce n'est qu'à partir des années 1990 qu'une souche « envahissante » et les premières concentrations à proximité ou dans des habitations sont apparues en Louisiane. Cette souche s'est rapidement répandue jusqu'au Québec.

La souche d'Harmonia axyridis introduite par l'Inra d'Antibes en 1982, a été utilisée d'abord dans le sud puis dans de nombreuses autres régions françaises. Avant le début de sa commercialisation par Biotop, aucune observation n'avait permis de démontrer son acclimatation, et surtout aucun cas de pullulation n'avait jamais été signalé dans toutes ces régions.

Les premières manifestations d'une souche « envahissante » ont été signalées en 2001 en Belgique. Depuis, cette souche « envahissante » se propage du nord vers le sud. La dynamique de progression de cette coccinelle ne coïncide pas avec l'historique des lieux d'expérimentation de la souche Inra, qui n'a pas été utilisée uniquement en Belgique ou dans le Nord de la France ; elle a été simultanément testée sur l'ensemble du territoire à partir de 1990.

L'Inra conduit actuellement des études afin de déterminer précisément l'origine de cette souche « envahissante ». Comme dans le cas nord américain, cette souche est apparue près d'un port. Mais à ce jour il n'est pas encore possible de dire précisément d'où vient cette souche « envahissante européenne » de la coccinelle asiatique.

 

2/ quelles conséquences et impacts liés à cette "invasion" ?
a) Harmonia axyridis remplacera-t- elle nos coccinelles européennes ?

Comme la plupart des espèces de coccinelles, Harmonia axyridis peut, sous certaines conditions, devenir cannibale et prédatrice d'autres espèces proches. Les larves n'attaquent des concurrentes que lorsque la nourriture « classique » commence à manquer même si des rencontres fortuites peuvent amener à quelques attaques. Contrairement aux idées qui circulent, des expérimentations, réalisées notamment par les Services de la Protection des Végétaux en 1996-1997, et visant à étudier l'efficacité des lâchers d'Harmonia axyridis, ont montré que d'autres espèces de coccinelles se développent et coexistent avec H. axyridis sur les mêmes plantes. De plus, cette espèce ne colonise pas tous les biotopes, et ne se développe pas au même moment que les espèces indigènes. Des études canadiennes publiées récemment viennent confirmer ces observations. Elles montrent par exemple que, sur pommiers, H. axyridis s'installe dans une strate différente d'autres espèces et donc ne rentre que peu en compétition avec ces autres prédateurs de pucerons. Rappelons également que cette coccinelle n'est pas la seule présente dans toute l'Asie et que de très nombreuses autres espèces de coccinelles cohabitent avec elle sur ces vastes territoires.

Par ailleurs, en Amérique, où l'acclimatation d'H. axyridis est plus ancienne et les pullulations très spectaculaires, aucune publication scientifique n'indique qu'H. axyridis soit à l'origine de l'extinction d'une espèce locale de coccinelle. Elle a pu dans certains cas diminuer les effectifs des autres espèces mais ne les a pas fait disparaître. Comme dans d'autres cas, après introduction d'un nouvel organisme sur un territoire donné, un nouvel équilibre s'installe au sein des espèces, équilibre dans lequel les prédateurs et les parasitoïdes s'attaquant à H. axyridis vont jouer un rôle de plus en plus important. Citons le cas en France de l'hyménoptère parasitoïde Dinocampus coccinellae qui s'attaque aux adultes d'H. axyridis. Enfin, contrairement au continent américain, il existe déjà en France une espèce indigène du genre Harmonia, H. quadripunctata. On peut raisonnablement penser que ses ennemis naturels pourront aussi s'attaquer à H. axyridis. D'ailleurs aux Etats-Unis une mouche indigène parasitoïde des coccinelles adultes, Strongygaster triangulifera, commence maintenant à s'attaquer à cette nouvelle espèce.

La plupart des spécialistes estiment que les populations de coccinelles d'origine exotique atteignent souvent des niveaux excessifs peu après leur acclimatation. Toutefois, elles retrouvent un équilibre lorsque leurs proies préférées se raréfient et que les prédateurs et les parasites qui les attaquent se multiplient en profitant de leur abondance.
Dans la nature, les phénomènes naturels d'expansion et/ou de diminution des populations d'êtres vivants sont courants. Ils participent d'ailleurs à l'évolution des espèces. Les vrais dangers pour les coccinelles indigènes sont plutôt liés à l'utilisation d'insecticides non sélectifs, à la pollution, et à différentes autres interventions qui entraînent la modification des biotopes, ...


b) Sa nuisance dans les habitats :
C'est dans son comportement d'agrégation à l'automne que cet insecte amène des désagréments nouveaux et surtout plus spectaculaires que nuisibles. En effet, avec la baisse des températures et la disparition des proies les coccinelles cherchent un abri. Comme le font un certain nombre de nos coccinelles, par exemple Coccinella septempunctata (la coccinelle à 7 points, très commune) H. axyridis se regroupe en grand nombre pour passer l'hiver. Mais contrairement à ces coccinelles indigènes qui passent l'hiver en altitude, H. axyridis s'abrite parfois à l'intérieur des maisons. D'autres espèces indigènes, dont Adalia bipunctata, entrent également dans les maisons mais elles n'ont pas ce comportement d'agrégation et leur intrusion passe donc le plus souvent inaperçue.
Cette entrée des adultes d'H. axyridis peut être parfois massive et impliquer des nuisances pour les habitants : aspect, salissures et odeurs si on les dérange. Le plus simple est d'empêcher leur entrée en évitant d'ouvrir les fenêtres quand des regroupements sont observés sur la façade de l'habitation. Si on souhaite les protéger, il est possible de les capturer et de les remettre dehors pour qu‘elles cherchent un autre abri. En effet, les températures chaudes de nos habitations viendront rapidement à bout de leurs réserves et elles mourront. Sans nourriture et à une température moyenne de 18-20°C, la mortalité est en effet totale en quelques jours.


3/ Pourquoi ne pas proposer des coccinelles indigènes
au lieu de Coccibelle® ?

Biotop propose Adalia bipunctata (la coccinelle à 2 points) une espèce indigène et élevée en très grand nombre. Mais cette espèce ne permet pas de résoudre tous les problèmes de pucerons (elle refuse de s'attaquer à certains pucerons comme par exemple Hyalopterus pruni (puceron farineux du prunier) et elle est en général moins efficace sur les plantes basses ; par contre elle est très intéressante pour utilisation sur les arbres. Harmonia axyridis a été choisie par l'Inra pour la lutte biologique contre les pucerons car elle était à l'époque la seule espèce de coccinelle à pouvoir être développée à partir d'une proie de substitution (des oeufs de papillons en remplacement des pucerons trop difficiles à produire). La coccinelle Coccinella septempunctata par exemple, qui est plus grosse et encore plus vorace qu'Harmonia axyridis n'a pu être développée car il n'est pas possible de l'élever sans pucerons, et son coût de production serait incompatible avec son utilisation en lutte biologique.

Par ailleurs, les chercheurs de l'Inra ayant observé qu'au sein des populations naturelles d'H. axyridis certains individus étaient incapables de voler, ont sélectionné une souche spéciale de cette coccinelle présentant ce caractère. Cette souche, entièrement composée d'individus non volants (souche pure et stable ; homozygote) n'est donc absolument pas issue d'individus « manipulés génétiquement ». Elle a été obtenue tout simplement par sélection naturelle (sélection massale), avec les mêmes techniques que celles qui sont utilisées depuis toujours pour obtenir et améliorer des races d'animaux utiles à l'homme, comme pour les vaches laitières et vaches à viande, chevaux de course et chevaux de trait, ...
Depuis 2000, Biotop a complètement abandonné la commercialisation de la souche d'origine. La souche non volante, appelée Coccibelle®, est produite sous licence Inra et est la seule proposée à la vente.

Coccibelle® a une très faible capacité de déplacement ce qui lui confère deux avantages majeurs : les coccinelles restent sur les lieux de lâcher permettant une meilleure efficacité contre les pucerons, et en même temps, elles sont incapables de se maintenir durablement dans le milieu. En effet, ces coccinelles ont beaucoup de difficultés à atteindre de la nourriture éloignée des points de lâchers, leur permettant de survivre jusqu'à l'automne. Elle ne peuvent pas non plus se déplacer sur de longues distances pour se regrouper pour l'hibernation et se reproduire en grand nombre au printemps suivant. Donc, contrairement à leurs cousines invasives belges, elles ne peuvent pas devenir envahissantes.
En matière de croisement avec des coccinelles présentes dans la nature, il n'y a bien sûr absolument aucune possibilité de croisement entre ces coccinelles et les espèces indigènes puisqu'il s'agit d'espèces différentes. Et dans le cas de croisement entre les individus issus de lâcher de Coccibelle® et ceux de la souche « envahissante », des individus non volants apparaîtront en seconde génération, diminuant ainsi le nombre d'adultes capables de se maintenir dans l'environnement. Mais il convient de noter que le nombre d'individus commercialisés chaque année reste très marginal par rapport au nombre de coccinelles que l'on peut trouver dans la nature et que ces croisements n'auront que très peu d'effets sur la dynamique des populations de la souche « envahissante ».

Pour toutes ces raisons, la coccinelle H.axyridis, sélectionnée et non volante, commercialisée sous le nom de Coccibelle® reste un auxiliaire de lutte efficace contre les pucerons et sans danger pour l'environnement.

Certaines communications utilisent le cas de la coccinelle « envahissante » en faisant des amalgames effrayants et sans fondements. Mais, malgré des informations parfois un peu trop sensationnelles, l'histoire des coccinelles contre les pucerons, et en particulier celle de Coccibelle®, reste une histoire merveilleuse, très intéressante et instructive, tant pour les scientifiques que pour le grand public. C'est un très bon moyen pour tous ceux qui cherchent simplement à protéger leurs plantes des attaques de pucerons en utilisant une méthode naturelle et efficace.